NIP Dialogue Series – Voices from the Countries
Cet article de blog s'appuie sur un entretien avec Monsieur Mamadou Lamine DIAME, point focal de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants au ministère de l'Environnement et de la Transition écologique du Sénégal. L'entretien fait partie de la série « NIP Dialogues» du projet Global NIP Update (GEF ID 10785), financé par le FEM et piloté par le PNUE.
Dakar, Sénégal – Janvier 2026
Au cours de trois cycles du Plan national de mise en œuvre (PNM), le Sénégal a élargi ses inventaires, renforcé son cadre juridique et mis en place une structure de coordination qui rassemble les services techniques étatiques, le secteur privé, les institutions de recherche, les ONG et les communautés locales. Monsieur Mamadou Lamine DIAME, point focal de la Convention de Stockholm au ministère de l'Environnement et de la Transition écologique du Sénégal, a fait le point sur les progrès accomplis par le Sénégal depuis le premier PNM, sur la manière dont les inventaires sont tenus et validés, sur les priorités nationales identifiées ainsi que les actions pertinentes qui aideront le pays à remplir ses obligations dans le cadre de la Convention de Stockholm.
Suivi des progrès réalisés au cours des trois cycles du PNM
Le Sénégal a élaboré son premier PNM en 2006, couvrant les 12 polluants organiques persistants (POP) d'origine. Les inventaires qui ont été réalisés à l’époque avaient permis d'identifier des sites contaminés par des pesticides tels que la dieldrine et l'aldrine.
À la suite des amendements apportés aux annexes de la Convention de Stockholm lors des quatrième, cinquième et sixième Conférences des Parties (COP), le Sénégal a mis à jour son PNM en 2016, en y ajoutant des substances telles que les polybromodiphényléthers (PBDE), les polychlorobiphényles (PCB) et l'acide perfluorooctane sulfonique (PFOS). Cette révision avait permis de noter les progrès faits par le Sénégal en matière de gestion des POP, notamment les pesticides POP mais aussi en termes de renforcement de ses outils juridiques et réglementaires.
En 2021, le Sénégal a entamé la deuxième révision, constituant son troisième PNM. Les inventaires réalisés dans le cadre de cette révision ont porté, entre autres, sur certains nouveaux POP tels que le Dechlorane Plus, l'acide perfluorooctanoïque (PFOA), l'hexabromocyclododécane (HBCD) et les naphtalènes polychlorés (PCN), en examinant différents secteurs tels que les transports, le plastique, les équipements électriques et électroniques, ainsi que le bâtiment et l'ameublement.
L'identification précoce des sites contaminés a permis de mettre en place des mesures d'assainissement et des réglementations plus strictes. Ainsi, le Sénégal a adopté en 2008 un décret du Premier ministre interdisant l'importation, la production et l'utilisation des substances couvertes par la Convention de Stockholm à cette époque. Le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT) et les PCB sont interdits au Sénégal depuis 2008, parallèlement à d'autres mesures réglementaires.
Trois niveaux de coordination nationale
Le Sénégal a mis en place un mécanisme de coordination qui fonctionne à trois niveaux pour la mise à jour du PNM. Le premier niveau est une équipe d'experts chargée de la réalisation des inventaires : un expert travaille sur les pesticides POP et des POP non intentionnels (POPni), un autre se concentre sur les retardateurs de flamme et les PCB, et un expert principal assure la coordination des inventaires, des autres études sectorielles et l’élaboration du document du PNM.
La collecte de données suit la chaîne de valeur, en suivant le parcours des substances dans l'économie. Si les importations de certains POP, tels que les PCB, sont interdites depuis 2008, les entreprises ne sont pas encore tenues de déclarer les nouveaux POP tels que les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS). Toutefois, si nécessaire, les autorités peuvent demander au secteur privé de leur fournir des listes de composition chimique.
Pour les pesticides POP, l'inventaire a ciblé les importateurs, les formulateurs, les distributeurs et les grands utilisateurs comme les exploitants agricoles, en leur demandant des informations sur les matières actives, les pays d'origine et les quantités annuelles utilisées. Les POPni ont été évalués à l'aide du toolkit produit par la Convention de Stockholm pour l’inventaires des POPni des catégories de sources principales. Concernant l’inventaire des retardateurs de flamme, les données de l'UN Comtrade et d’autres services techniques comme la douane et le commerce ont été utilisées pour estimer les quantités d'articles importés susceptibles de contenir ces substances (équipements électriques et électroniques, véhicules, plastiques, meubles, peintures et vernis) sur une période de dix ans, de 2014 à 2024. Pour les PCB, l'inventaire s'est concentré sur le secteur de l'électricité, à travers la compagnie nationale d'électricité et quelques entreprises privées qui utilisent des transformateurs pouvant contenir des PCB.
Au deuxième niveau, un comité technique réunit le point focal et les institutions directement concernées par les POP – ministères de l'agriculture, de l'industrie, de la santé et de l'énergie, et la douanes. Ce comité technique procède à une première validation de cohérence avant la soumission des documents au comité de pilotage. Au troisième niveau, un comité de pilotage assuré par à la commission nationale de gestion des produits chimiques, créée en 2002, procède à une deuxième validation. Cette commission comprend le secteur privé, des ONG et des services techniques. Après ces étapes, les inventaires sont soumis au Centre régional des conventions de Bâle et de Stockholm pour achever le processus de validation.
Actions prioritaires
Le Sénégal a identifié cinq actions prioritaires dans son PNM actuel, dont trois sont mises en avant par Monsieur DIAME. La première consiste à renforcer la détection aux points d'entrée. Comme les nouveaux POP sont souvent intégrés dans des produits – tels que les équipements électriques, les tissus d'ameublement, les véhicules et les plastiques – plutôt que commercialisés sous forme de produits chimiques autonomes, le Sénégal estime que renforcer les capacités techniques semble nécessaire pour la détection de ces substances avant leurs entrées sur le territoire nationale.
La deuxième priorité consiste à la prévention de la contamination de certains sites par des POP. Le démantèlement informel d’anciens véhicules, dont certains peuvent contenir des POP, s'effectue sur des sites non réglementés. Il est donc urgent de créer des centres agréés pour le démantèlement des véhicules hors d'usage.
La troisième priorité consiste à éliminer les PCB et à garantir une gestion écologiquement rationnelle des déchets contaminés par les PCB. Les inventaires ont permis d'identifier des transformateurs encore en service ou entreposés, datant d'avant 1990-1993 et susceptibles de contenir des PCB. Un plan d'élimination a été élaboré, couvrant les quantités de liquides diélectriques et de déchets contaminés par les PCB. Il est également important d'éliminer ces déchets de manière écologiquement rationnelle afin de respecter l'échéance de 2028 fixée par la Convention de Stockholm.
Renforcement du cadre juridique
« Effectivement, le PNM actualisé a demandé, ou bien a recommandé le renforcement du cadre juridique. » – Mamadou Lamine DIAME
Le Code de l'environnement du Sénégal est le principal instrument juridique régissant les importations de produits chimiques, l'entrée à la frontière et les déclarations de produits. D'autres réglementations soutiennent également le contrôle des POP. Un arrêté sur la réduction des substances appauvrissant la couche d'ozone exige des informations complètes sur la composition des équipements électriques et électroniques importés, tandis qu'une autre règle limite les véhicules importés à ceux âgés de 10 ans ou moins, car les véhicules plus anciens sont plus susceptibles de contenir des POP tels que des retardateurs de flamme.
Dans le cadre de la mise à jour actuelle du PNM, un projet de décret a été élaboré pour traiter spécifiquement les POP énumérés dans les annexes de la Convention de Stockholm. Il inclura automatiquement les nouveaux POP ajoutés aux annexes de la Convention lors de la COP 2027. Ce décret devrait être finalisé et mis en œuvre avant la fin de 2026.
Sensibilisation au niveau régional
Dans le cadre du processus de révision du PNM, quatre missions de sensibilisation ont été menées au niveau de certaines régions, ciblant les maraîchers qui utilisent régulièrement des pesticides et les services administratifs locaux. Ces efforts visaient à renforcer les connaissances des acteurs sur les POP des services techniques régionaux et les agriculteurs, compte tenu de l'existence de points d'entrée régionaux pour les produits chimiques et les produits en plastique au-delà de la capitale.
« L’idée, c’était véritablement de sensibiliser ces services techniques régionaux mais aussi les agriculteurs au niveau des régions qui manipulent souvent des produits chimiques, pour leur permettre de s’imprégner des questions en rapport avec les polluants organiques persistants. » – Mamadou Lamine Diame
Ces missions ont également permis de voir concrètement quelles substances sont utilisées sur place. Les conteneurs vides, les étiquettes et les fiches techniques ont été examinés afin de vérifier si les produits utilisés contenaient des POP ou étaient à base de substances liées aux POP.
Leçons tirées de la mise à jour du PNM du Sénégal
Monsieur Mamadou Lamine DIAME a souligné deux leçons à retenir pour les pays qui mettent à jour leur PNM. La première est d'impliquer tous les acteurs concernés. Au Sénégal, les données ont été collectées, examinées et validées par différents services techniques, ce qui a permis de les recouper et d'améliorer leur fiabilité. Lors de l'estimation des importations de véhicules sur une période donnée, par exemple, les services de transport peuvent vérifier et confirmer les chiffres figurant dans les bases de données de l’UN Comtrade.
La seconde est d'impliquer les communautés locales. Les utilisateurs finaux de pesticides, tels que les agriculteurs et les maraîchers, sont directement concernés par les mesures que peut entraîner la mise à jour d'un PNM. Les informer et les consulter tout au long du processus permet de garantir que les réglementations qui en résultent sont mieux comprises, acceptées et appliquées.
L'expérience du Sénégal montre pourquoi des données d'inventaire fiables et une participation significative des parties prenantes sont importantes pour une gestion efficace des POP. Comme les POP sont de plus en plus souvent intégrés dans des articles plutôt que commercialisés sous forme de produits chimiques, le travail d'inventaire doit refléter la manière dont ces substances circulent dans l'économie à travers différents secteurs, en s'appuyant sur les contributions de multiples parties prenantes et institutions pour une collecte et une validation efficaces des données.
Pour que les réglementations soient mieux comprises et appliquées dans la pratique, les utilisateurs finaux de produits chimiques et les communautés locales doivent être consultés et informés tout au long du processus. La gestion des POP est un processus collectif qui nécessite une action soutenue de la part des pouvoirs publics, du secteur privé et des communautés locales. Grâce à des efforts coordonnés à différents niveaux, le Sénégal répond aux défis en constante évolution liés aux POP.
Pour visionner l'intégralité de l'interview, veuillez suivre sur ce lien : https://youtu.be/62v8R2S8aog
Pour en savoir plus sur le projet Global NIP Update, rendez-vous sur Global NIP Update | Green Policy Platform